18 apr. Amateur de litterature, il s’engage tardivement dans la politique, a la faveur des ressources d’un heritage.
Son absence de scrupule et de moralite aussi bien que les qualites dont il fera preuve dans ses fonctions militaires marqueront tous son originale carriere.
La conquete du i?tre capable de
Questeur en 106 avant J.-C., Sulla participe, sous le commandement de Marius, a la guerre contre Jugurtha. Il sait, en diplomate, persuader Bocchus, roi de Mauritanie, de livrer Jugurtha. Paralli?lement i cela, Bocchus lui accorde le appui financier. Sulla accompagne ensuite Marius dans ses operations contre les Cimbres et les Teutons : en qualite de legat, il bat quelques chefs barbares. Neanmoins, la jalousie reciproque entre lui et Marius s’aggrave rapidement. De retour a Rome, Sulla brigue en vain la preture ; il ne l’obtiendra, a force de tunes, qu’en 97 avant J.-C. Propreteur ensuite en Cilicie, il fera energiquement Notre chasse aux pirates et obtient sans trop de difficulte de Mithridate VI Eupator, roi du Pont, la restitution de la Cappadoce a Ariobarzane I er , roi protege avec Rome. Il recoit une ambassade des Parthes et signe le premier accord avec eux.
A son retour a Rome, ou sa renommee s’est accrue, c’est accueilli comme l’un des chefs possibles en faction aristocratique. Beyrouth sociale (91-88 avant J.-C.), contre nos peuples revoltes d’Italie, lui donne une nouvelle occasion de se distinguer. Legat en 89 avant J.-C., Sulla remporte plusieurs victoires sur les Samnites. Consul en 88 avant J.-C., il enleve des principales places occupees par les revoltes et met ainsi fin a Beyrouth.
Sa rivalite avec Marius atteint alors le sommet : l’un et l’autre ambitionnent de devenir charges de la guerre contre Mithridate, dont des empietements en Asie requierent une energique replique. Le senat designe Sulla. Marius obtient a le tour le commandement, a J’ai faveur de la emeute provoquee avec un tribun d’la plebe. Cela semble que Sulla ait abandonne Rome a Marius, a condition de disposer lui-meme des troupes. Marius avait profite d’une situation. Neanmoins,, contrairement a ses previsions, Sulla reussit a persuader ses soldats de marcher contre Rome (les officiers superieurs, eux, ont prefere prendre le large) et penetre dans la ville en depit de la resistance d’une plebe. Maitre en situation, il n’a plus qu’a dicter ses volontes au senat : il se fait attribuer la direction d’une guerre, et Marius reste declare ennemi public. En 87 avant J.-C., Sulla part, laissant Rome aux mains de gens qui lui semblent devoues. Et quand bien meme ses ennemis reprendraient le dessus a Rome, ce ne pourrait etre qu’a titre provisoire, car il a deja en main la recette de la dictature militaire.
En Orient, Sulla degote une situation desastreuse : Mithridate a massacre nos Romains, ruine un commerce, seduit leurs allies. La Grece semble s’i?tre retournee vers lui. C’est bien l’ensemble des pays greco-asiatiques qui est a reconquerir. Sulla s’avance a travers la Grece en requisitionnant et en ranconnant, et assiege ses adversaires dans Athenes, qui est bientot affamee : on mange le cuir des outres et les orties de l’Acropole. S’emparant d’Athenes, et du Piree (86 avant J.-C.), Sulla fait un veritable carnage et se venge des moqueries des Atheniens, qui l’ont traite de « mure saupoudree de farine », allusion a sa face blafarde et boutonneuse. A Cheronee et a Orchomene, il bat peu apres les armees envoyees par Mithridate au secours d’Athenes. Notre Grece d’Europe est de nouveau soumise. Quant a l’Asie, elle se lasse de suite du despotisme de Mithridate, et les partisans de l’alliance romaine reprennent le dessus. Mithridate essaie de tergiverser, puis apporte une soumission a l’entrevue de Dardanos (85 avant J.-C.). Sulla reconstitue Notre province d’Asie, fera une utile reforme fiscale et remplit ses coffres en reclamant les arrieres d’impot. Il s’attarde en Grece, ou il veille a l’embarquement de son butin. Le butin, les soldats combles : il ne faudrait pas autre chose pour consolider sa position a Rome.
Pendant ses quatre ans d’absence, Marius et ses partisans ont ete des maitres a Rome et y ont regne en tyrans : domicile de Sulla fut rasee, et ses partisans ont ete massacres. Sulla adresse au senat une lettre vengeresse qui fera trembler les peres et des incite a preparer une reconciliation. Puis, sans se presser, il debarque en 83 avant J.-C. a Brindes avec le armee et le immense flotte. Beaucoup passent aussitot dans le camp. Beaucoup, mais nullement l’ensemble de : il faudra un an a Sulla pour s’ouvrir le chemin de Rome (victoire du defile de Sacriport, pres de Preneste, en 82 avant J.-C.), ou il entrera apres un ultime combat a J’ai a Colline. Cela a, en aussi temps libre que penetre dans la ville, aneanti les dernieres troupes des marianistes et mis fin a la guerre civile, non sans bon nombre devoir a ses amis (ou complices du moment) Metellus et Pompee.
La dictature
Sulla fut l’un des initiateurs d’une periode de desordre qui a fait passer Rome en Republique a l’Empire. L’historien Appien observait deja que finir de Sulla, en 88 avant J.-C., marquait une coupure dans l’histoire romaine, a partir de laquelle des generaux victorieux se conduisaient en despotes. Il avancait que Sulla aurait pu fonder une monarchie. La question fut reconsideree via les historiens contemporaines : si Jerome Carcopino fait de l’entreprise de Sulla une tentative de monarchie, H. H. Scullard crois, au contraire, que le dictateur a voulu restaurer l’autorite senatoriale, aux depens des autres institutions. Pour C. Nicolet, Sulla represente le succes d’une faction du senat, celle des aristocrates. Comme on le voit, depuis place de nos jours pour une certaine diversite d’hypotheses. Il semble certain que Sulla a pratique une politique reformiste coherente, resultant de la intention precise. A l’examen des reformes, l’intention profonde demeure malgre tout plus ou moins enigmatique.
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